samedi 30 juillet 2011

DE BELLO PUNICO (La guerre sociale en Tunisie) - Quentin Chambon - INTRODUCTION



Le 14 janvier 2011 le peuple de Tunisie remportait une première et inoubliable victoire dans le grand conflit de notre temps, celui qui oppose désormais à l’échelle mondiale une toute petite minorité de gangsters, de charlatans, d’affameurs et de bourreaux à l’immense majorité de ceux qui se voient chaque jour un peu plus dépouillés, trompés, humiliés, abandonnés ; bref, la première victoire de la grande Révolution mondiale qui doit balayer le système d’oppression capitaliste, pour rendre à l’humanité sa liberté et sa dignité. L’étincelle tunisienne mettait immédiatement le feu aux poudres dans tout le « monde arabe », du Maroc à l’Irak en passant bien sûr par l’Égypte, Bahreïn, la Libye, le Yémen, la Syrie, et au-delà, au Burkina Faso, en Ouganda, en Espagne, au Sénégal, et bientôt partout ailleurs.

L’importance historique universelle de la révolution tunisienne peut aussi se mesurer à l’aune de sa principale conséquence dans le ciel du mensonge moderne : la spectaculaire mise à mort d’Oussama Ben Laden, qui met fin à cet épouvantable film d’inspiration hollywoodienne, projeté sur l’Écran global à partir du 11 septembre 2001, durant presque dix années de bruit et de fureur, d’appels à la haine, d’obscurantisme triomphant, de croisades et de pillages.
C’est logiquement à un peuple « arabe » et « musulman » qu’il revenait de rendre ses droits à la réalité, et de rétablir cette vérité que les barbares fanatiques et assassins de notre époque ne sont pas ceux que l’on nous désignait, mais au contraire ceux qui nous les désignaient. Mais il fallait aussi que ce soit le moins religieux des peuples arabes, le plus progressiste de tous, flétri à ce titre par les autres comme étant un peuple de « putes », de « pédés », de « michetons d’Israël et des États-Unis », pour ridiculiser tout aussi bien le mépris contre « l’Occident et ses valeurs » propagé par l’islamisme plus ou moins radical. La fausse opposition « démocratie occidentale ou djihad terroriste » qui gouvernait la société mondiale depuis les attentats du 11 septembre s’est ainsi soudain écroulée par ses deux côtés, simultanément. Rien ne pourra jamais la rétablir.

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Intégralité téléchargeable gratuitement :
http://www.editionsantisociales.com/pdf/debellopunico-text.pdf

"Pourquoi je ne voterai pas !" de Samia Touati

Ces derniers jours, une campagne d'incitation aux inscriptions pour les élections fleurit en Tunisie, y compris sur FB. Jusque là, rien d'anormal. Mais là où ça devient grave, c'est qu'on y présente les gens qui ne se sont pas inscrits comme irresponsables, non patriotes et j'en passe. Alors il est temps de remettre les pendules à l'heure.

Pour commencer, je voudrais rappeler aux révolutionnaires de la 25e heure que c'est nous, dès le sit-in de la Kasba 1, qui avons réclamé l'élection d'une Assemblée Constituante, dont une des tâches serait de nous préparer une nouvelle constitution (je reviendrai sur ce détail plus loin). Ceci étant, ce n'était pas notre seule demande. Que justice soit faite aux martyrs de la révolution, que le gouvernement soit purifié de la vermine RCD, que les corrompus de tous bords soient jugés, que la justice soit indépendante et surtout que le gouvernement de transition soit un gouvernement en rupture totale avec l'appareil repressif d'état du RCD. 

La démission de Ghannouchi, suivie par la promesse d'élections pour la Constituante fut la pilule soporifiqie qu'on nous fit avaler. Les sceptiques se sont faits traiter de paranos...On aurait du les écouter...Aujourd'hui, sept mois après la révolution, qu'avons nous obtenu des demandes légitimes du peuple tunisien? Rien, mis à part la tenue d'élections de la Constituante.

Le premier ministre du gouvernement provisoire BCE avait promis une rupture totale avec le passé, y compris le maintien d'un régime policier repressif. Or, il s'avère que l'appareil policier est non seulement maintenu, mais il est encore plus répressif qu'avant. En témoignent les violences et exactions commises par les policiers sur les manifestants pacifiques, avec pour apogée la répression le 15 juillet 2011, avec les ignominies commises par la police, notamment à l'intérieur de la mosquée de la Kasbah. Tout ceci témoigne de la volonté du gouvernement de transition de maintenir coûte que coûte le régime Ben Ali en place. (cf Rapport FIDH

Quant à la "rupture" avec le RCD, les partis satellites du RCD sont légion. De plus, les responsables RCD corrompus continuent à vaquer à leurs occupations comme si de rien n'était. On note même qu'ils prennent de plus en plus d'assurance.

Revenons maintenant à cette Constituante. Mr Ben Achour, a, il y'a quelque temps, sur la chaine Nessma, déclaré que " la réécriture d'une Constitution ne faisait pas partie des prérogatives de la Constituante". Alors ma première question est: quelles sont les prérogatives de la Constituante? A ce jour, c'est un grand mystère. Donc on nous demande de voter pour une assemblée dont nous ne connaissons pas encore la fonction. 

Parlons maintenant des élections. Il fut d'abord question de voter sur simple présentation de la carte d'identité nationale. Et voilà qu'on nous annonce, le 17 juin, qu'on devait s'inscrire sur des listes électorales, et ce dans une fourchette de temps allant du 11 juillet au 02 août 2011. Bien sûr aucune explication "acceptable" sur les raisons de cette décision, si ce n'est un cafouillis technique. Puis il y'a quelques jours, on nous parle d'inscription passives, qui seraient faites à partir d'anciennes listes du Ministère de l'Intérieur. Là encore, c'est le flou total: ces listes ne sont-elles pas trafiquées? Comment se fait-il qu'on les utilise? Ajoutons à cela l'inscription aux élections des tunisiens analphabètes qui n'auront aucun moyen de faire la distinction entre les différentes listes proposées et qui seront à la merci de toutes les manipulations.

Concernant la présence d'observateurs lors des élections, une des conditions stipule, je cite : "une expérience dans le processus électoral" . Or, qui d'autre que les membres du RCD a une quelconque expérience dans les élections?
De plus, la liste des personnes ne pouvant pas être éligibles pour la Constituante a été fournie à la commission indépendante chargée de l'application de l'article 15 du décret loi par... la présidence provisoire, donc Foued Mbazzaa, RCDiste notoire ! (Cf Rapport).
Enfin, la cerise sur le gâteau: le décret-loi 582 du 20 mai 2011 portant sur l'élection de la Constituante le 24 juillet 2011 a été annulé le 21 juillet 2011. (Cf décret 998 du 21/07/2011) A ce jour, aucun décret,  portant sur  la tenue d'élections de la Constituante pour le 23 octobre 2011 n'a été publié. 

Donc pour résumer: on nous demande de nous inscrire:
  • pour voter pour une Constituante dont on ne connait pas encore les fonctions
  • alors qu'on ne sait pas si les élections vont avoir lieu ou pas (rien d'officiel)
  • alors que le régime répressif bat son plein
  • alors qu'on n'a aucune garantie de la transparence des élections
  • alors que le RCD est revenu par la grande porte, et surtout:
  • sous un gouvernement dont le Premier Ministre a avoué avoir falsifié les résultats d'élections sous Bourguiba !!

Alors moi je dis: JE NE  M'INSCRIRAI PAS ET JE NE VOTERAI PAS !!!

Samia Touati le 30 Juillet 2011